14 janvier 1883, le dernier train de Léon Gambetta, de Paris à Nice

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Les derniers jours de M. Gambetta. Le 30 janvier 1882, le gouvernement Gambetta tombe. Rongé par l'asthme et le diabète, M Gambetta se retire dans sa maison des Jardies à Sèvres, 14 rue du Chemin Vert. Il y meurt quelques mois plus tard, le 31 décembre 1882, des suites d'une pérityphlite (inflammation du péritoine du cæcum, découlant probablement d'un cancer de l'intestin ou de l'estomac) diagnostiquée dès le 23 décembre par le professeur Charcot et jugée inopérable. Après une autopsie au cours de laquelle ses amis se partagent ses restes (sa tête, son cerveau, son bras droit, son intestin et son cœur gardés comme reliques), le docteur Baudrian est le premier à utiliser le formol pour embaumer le corps de Gambetta en l'injectant dans ses artères. Momentanément inhumé au Père-Lachaise, ils est ensuite translaté à Nice pour son inhumation définitive..


  • Les obsèques de Léon Gambetta.

On signale, de Nice qu’on prépare à M. Gambetta de pompeuses funérailles, qui seront faites aux frais de la ville. Le corps, qui arrivera mardi matin, sera déposé dans une sorte de chambre ardente; dans la gare de Nice. Le cortège partira à une heure de l’après-midi et se rendra au cimetière du Vieux-Château, par la porte des Anges.

Journal "L'INTRANSIGEANT" du 9-1-1883 (Collection BNF_Gallica)

  • L'inhumation de M. Gambetta.

On croit que les- funérailles auront lieu dimanche. Le départ pour Nice des dépouilles mortelles de M. Gambetta aura lieu aujourd’hui à neuf heures du matin. Le train spécial, organisé à cette occasion, ne s’arrêtera qu’à Marseille, et seulement pendant une heure. M. Étienne, qui est en ce moment à Nice viendra à Marseille attendre le train funéraire.

Journal "L'INTRANSIGEANT" du 13-1-1883 (Collection BNF_Gallica)

  • TRANSLATION DU CORPS DE M. GAMBETTA.

Au Père-Lachaise la levée du corps de M. Gambetta a été faite hier matin à six heures et demie, au cimetière du Père-Lachaise, en présence de très peu de monde. Un fourgon des pompes funèbres a transporté le corps du cimetière à la gare de Lyon, où un train spécial avait été préparé. Cette cérémonie, à laquelle présidait M. Spuller, assisté de MM. Camescasse, préfet de police ; Caubet, chef de la police municipale, le commissaire de police et l’officier de paix du quartier, a eu lieu à la lueur des torches. Les couronnes qui avaient figuré aux obsèques ont été déposées dans quatre grands fourgons; elles doivent figurer gaiement à la cérémonie qui aura lieu à Nice. Après les premières formalités remplies, le corps a été retiré du caveau provisoire de la ville de Paris et transporté dans la voiture : il était six heures quarante-cinq. Le fourgon dans lequel le corps fera le voyage de Nice a été transformé par les soins de l’administration en chambre ardente, ornée de tentures noires à franges et lamées d’argent. Le fond du fourgon était orné d’un trophée de drapeaux. Le cercueil a été recouvert d’une draperie, semblable, sur laquelle on a placé plusieurs couronnes. Les drapeaux offerts par la ville de Strasbourg et par la Société des voyageurs de commerce ont été couchés de chaque côté du cercueil. Puis, conformément aux règlements, le fourgon a été scellé et plombé. Le cortège funèbre, contenant six voitures, s’est ensuite dirigé vers la gare de Lyon, en suivant des boulevards extérieurs. A Tonnerre. Premier arrêt du train, à Tonnerre. Les discours commencent. Le sous-préfet, le maire et les élèves du Lycée sont venus en corps attendre le train à la gars. M. le sous-préfet, s'adressant a M. Spuller,lui a exprimé toute sa douleur, à la quelle il associa la population: tonnerroise. M. Spuller lui à répondu quelques paroles, puis les deux orateurs se sont embrasses en pleurant. A Dijon. Second, arrêt, et continuation des discours. Le préfet de la Côte-d’0r, le retieur de l'académie, lt conseil municipal, ayant à sa tête M. Cunisset, adjoint, sont venus à la gare, lors du passage du train emportant les restes de M. Gambetta, exprimer à M. Spuller la part, qu'ils-prennent à sa douleur personnelle. Un grand nombre de curieux se pressaient aux abords de la gare. A Mâcon. Troisième arrêt et suite des discours. Le maire a offert à M. Spuller une couronne de roses pour être déposée, sur le cercueil de M. Gambetta. Il a prononcé ensuite un long, discours dans lequel il a parlé de témoignages de profonde douleur, des regrets unanimes, d'engagements que les républicains(!!!) devaient prendre, devant le cercueil, de poursuivre les projets de M. Léon Gambetta. Et M. Spuller lui a répondu et l'a remercié. Beaucoup de curieux encore, mais peu d’enthousiasme. A Lyon. On mous télégraphie a la dernière heure que M. Massicault, préfet du Rhône, M. Bouffier, premier adjoint, remplaçant le maire empêché, M. Louis, secrétaire général, attendent, sur le quai, l’arrivée, du train. En résumé, sur tout, le parcours, ce ne sont que délégations officielles et fonctionnaires qui viennent saluer le mort. Nulle part, en ne voit la population faire d'elle-même la plus petite ovation aux restes de celui qui fut Gambetta. Tout est réglementé et préparé d'avance. Comme a Paris, tout est officiel. A la gare de Lyon. Le convoi spécial qui transporte à Nice le corps de M. Gambetta est parti de la gare de Lyon à neuf heures cinq. Ce convoi se compose de quatre voitures dont une contenant le cercueil et deux wagons-salons: Le train arrivera aujourd’hui samedi à Nice, à huit heures dix-huit, minutes. Le premier. arrêt du train a eu lieu à Tonnerre. Une députation de l'Union républicaine accompagne le cercueil. Voici le nom de ces délégués: MM. Spuller, Rouviev, Thomson, Dusolier, Bischoffsheim, Le Cherbonnier, Le lièvre, Arène, Liouville, Noël Parfait, Margue, Duvignier, Blandin, Cayrade, Reynal, Fousset, Bastide, Marcellin Pellet, Lesguillier, Sandrique, Garnaut, Jean David, Hervé Mangon, Cornudet, Lacôte. M. Antonin Proust, désigné également pour faire partie de la délégation s’est excusé au dernier moment par une lettre. Quelques-uns des anciens ministres et sous-secrétaires d’État du 14 novembre et des amis personnels du défunt accompagnent également le corps Ce sont MM. le général Campenon, Cazot, Gougeard, Edmond Caze, Félix Faure, J.-J. Weis, Reinach, Arnaud (de l’Ariège), Ruiz, Hecht, Bordone, Cendre, Dupret, Dumangin, etc. . M. Fallières, ministre, de l’intérieur, s’est fait représenter par M. Marcel, son Chef de cabinet. Très peu d’amis, assistaient au départ du train. Nous n’avons remarqué que MM. Ranc, Paul Bert et Waldeck-Rousseau. A Nice Les obsèques auront lieu aujourd’hui, ainsi que l’indique une affiche encadrée de noir, que la municipalité de Nice a fait apposer un peu partout. Voici l’itinéraire que suivra le cortège. Le cortège partira de la gare et suivra l’avenue de la gare, la place Masséna, le quai Masséna, la rue Saint-François de Paule, la rue de la Terrasse, Le boulevard du Pont-Neuf, le Pont-Vieux, la rue Cassini, la place Garibaldi et la montée du Château, près de laquelle se trouve l’ancien cimetière. Là, sera dressé un immense catafalque: qui recevra le cercueil en attendant sa translation dans le nouveau tombeau que la municipalité fera élever sur la plate forme la plus élevée du cimetière. Des députations adressent de toutes parts des demandes pour être admises à faire partie du cortège. Chaque train amène de nombreux voyageurs, et l’affluence est déjà énorme en ville. Les vitrines des marchands de fleurs sont encombrées de couronnes. Les funérailles seront civiles, comme nous l’avons déjà dit.

Journal "L'INTRANSIGEANT" du 14-1-1883 (Collection BNF_Gallica)

  • L'inhumation de M. Gambetta.

A NICE. La dernière dépêche que nous avons reçue de notre correspondant spécial, et que nous avons publiée hier, nous annonçait que le train funèbre était attendu en gare de Lyon. A Lyon. Le convoi est entré en gare à six heures du soir. Seules, les délégations officielles ont pu pénétrer sur le quai; au dehors beaucoup de curieux. Les organisateurs, craignant que si une manifestation était préparée dans cette ville, elle ne fût mal secondée par la population, avaient décidé que le train ne s’arrêterait que fort peu de temps. Aussi aucun discours n’a été prononcé. M. Spuller, pour ne pas en perdre l’habitude; a cru devoir adresser quelques paroles aux autorités, puis le train s’est immédiatement remis en marche. A Valence. Le train est reçu par la municipalité et des personnes des délégations; presque personne aux abords de la gare. Le maire de Valence et le sous-préfet de Tournon ont prononcé des discours, auxquels M. Spuller répond en quelques mots. Puis le convoi est reparti; après un arrêt de quelques minutes seulement. A Avignon. Toujours les délégations officielles et municipales, qui apportent des couronnes ; quelques curieux à peine. M. Reynard-Lespinasse, adjoint au maire a prononcé un discours de condoléance à M. Spuller: Celui-ci lui a répondu et l’a remercié. A Marseille. Le train entre en gare à minuit trente. Quelques opportunistes, en très petit nombre, il est vrai, se sont réunis aux abords de là gare et ont voulu faire une petite manifestation, mais les curieux leur ont imposé silence. L’accueil qui a été fait à l'arrivée du convoi a été en majorité peu sympathique ; quelques sifflets se sont fait entendre à l’arrivée et au départ. Sur le quai, on remarque MM. Poubelle, préfet des Bouches-du-Rhône, le secrétaire général de la préfecture, quelques membres du conseil général et du conseil municipal et trois ou quatre délégations; en dehors de ces personnages officiels, pas une des notabilités de la ville, ni aucun ouvrier. M. Rouvier, député de Marseille, qui accompagne le cercueil, n’a pu même s’empêcher de témoigner son étonnement de cette maigre réception. Les opportunistes, mécontents d’avoir raté leur petite ovation à l’arrivée du train, ont voulu à tout prix faire une manifestation. Ils ont envahi le quai de la gare et quelques-uns se sont élancés sur les toits des wagons, en criant : Vive la République ! vive Gambetta ! Mais la foule qui, malgré l’heure avancée, était assez nombreuse, a vivement protesté contre cette grotesque et peu respectueuse ovation. Décidément M. Gambetta avait des amis bien maladroits. Deux discours ont été prononcés par M. Favard, teinturier, au nom de la Libre-Pensée et des éclaireurs dé Caprera et par M. Matheron, au nom des gardes civiques et des volontaires de l’armée des Vosges. Les couronnes offertes par les délégations ont été placées dans un fourgon. Quelques personnes se sont jointes aux délégués qui accompagnent le corps de M. Gambetta,puis le convoi s’est remis en route. A Toulon. Dernière station avant Nice, et enfin dernier arrêt dans la marche du convoi. Personne aux abords de la gare ; seuls doux Ou trois membres de la municipalité sont sur le quai. Deux délégations ont apporté deux couronnes. Aucun discours. Quelques personnes se joignent aux délégués qui accompagnent le corps de M. Gambetta et montent dans le train qui repart aussitôt. Arrivée à Nice Le train est arrivé hier matin samedi, à sept heures et demie. Personne aux abords de la gare. M. Gambetta père et les membres de la famille eux-mêmes n’étaient pas présents. M. Lagrange de Langre, préfet des Alpes-Maritimes, le secrétaire général de la préfecture, le maire, les membres du conseil municipal seuls étaient à la gare. Les pompiers en grande tenue ont rendu du les honneurs militaires, la troupe n’étant pas arrivée à temps. Les plombs du wagon contenant le cercueil de M. Gambetta ont été aussitôt levés, en présence de M. Léris, Spuller, Etienne, Arnaud, Quentin, Allou, des autres personnes venues par le train spécial et des autorités. Le procès-verbal d’usage a été dressé et le cercueil a été transporté à bras par les pompiers dans une salle de la gare, transformée en chambre ardente. Cette salle-est tendue de draperies de deuil, coupées de tentures d’argent, et par des faisceaux de drapeaux et des arbrisseaux odorants. Des brûle-parfums sont allumés autour du catafalque. Un lustre funèbre brûle, des guirlandes de fleurs entourent la salle. Avant l’inhumation. La cérémonié du transport du fourgon dans la salle, s’est faite dans le plus grand silence, puis le préfet et les conseillers se sont retirés, et un service d’ordre a été organisé par le 111° de ligne. M. Quentin, M. Chauvin, président du tribunal de commerce de Nice, M. Étienne député, et M. Léris sont restés pour garder le corps. La population a été autorisée à défiler devant îe cercueil. M. Spuller est descendu à la préfecture, les autres députés se sont rendus au Grand-Hôtel. A neuf heures, M. Léris et M. Léon Renault ont eu une entrevue chez le préfet. Une discussion assez vive a eu lieu sur la question des discours. M. Renault est sorti alors en donnant rendez-vous au préfet et au maire avant la cérémonie pour savoir qui parlera. A neuf heures dix minutes, le canon s’est fait entendre ; tous les becs de gaz qui sont sur le parcours ont été entourés d’un très long crêpe et allumés à onze heures. Ce n’est qu’à dix heures du matin que la foule a commencé à se diriger vers la gare, les délégations ont apporté des couronnes. Les magasins sont restés ouverts ; très peu de drapeaux sont arborés aux fenêtres. La ville aurait conservé, sa physionomie habituelle, sans l’animation qui règne dans les rues traversées par la population qui se rend à La gare. La cour dé la station est encombrée par une foule qui se renouvelle sans cesse. On estime à environ douze cents le nombre des couronnes qui ont été envoyées des différents points de la région. Les équipages de l’escadre d’évolution qui est mouillée sur la rade, ont défilé, tambours et musique en tête, pour prendre les positions qui leur ont été assignées dans le cortège. 11 en est de même du 111 e de ligue, qui a son colonel en tête. L’amiral Peyron est arrivé de Toulon pour assister aux obsèques. La troupe a commencé à se masser aux abords de la gare à onze heures. Toute la matinée, des pourparlers ont eu lieu au sujet des discours. M. Gambetta père voulant que son fils fût enterré, sans phrases. Mais les instances faites, auprès die M. Borriglione, maire de Nice, pour obtenir qu’aucun discours ne fût prononcé sur la tombe de Gambetta, sont restées sans résultat. Deux discours vont être prononcés : l’un par le maire, l’autre par le préfet.

Journal "L'INTRANSIGEANT" du 15-1-1883 (Collection BNF_Gallica)

Photos et cartes postales

Croquis et plans