25 octobre 1891, déraillement, gare de Moirans : Différence entre versions

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(Circonstances de l’accident)
 
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* '''Grenoble, 7 juillet'''
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''La cour d'appel de Grenoble a rendu aujourd'hui son arrêt dans l'affaire relative à la catastrophe de Moirans. Le mécanicien Ferrafiat a été condamné à quinze jours de prison et son collègue Berger à huit jours de la même peine avec application de la loi Bérenger. Le premier jugement avait condamné Berger à 100 fr. d'amende et avait acquitté Ferrafiat.''
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Journal L'Intransigeant 9-7-1892 (Collection BNF Gallica).
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==Photos et cartes postales==
 
==Photos et cartes postales==

Version actuelle datée du 24 mars 2020 à 16:42

Circonstances de l’accident

LA CATASTROPHE DE MOIRANS

  • Moirans, 26 octobre, 6 heures du soir.

Un train qui déraille. — Encore la P.-L.-M. 15 morts, 40 blessés.

Un effroyable accident s’est produit, hier, sur la ligne de Lyon à Grenoble. Le train, qui passe à Voiron à 3 h, 42 du soir, a déraillé à 1,500 mètres environ de la gare de Moirans, sur une courbe et une pente rapide. Le train était remorqué par deux machines. La seconde a quitté entièrement la voie et les wagons se sont heurtés avec un bruit épouvantable, grimpant les uns sur les autres pour retomber en miettes, tandis que s’élèvent les cris de douleur dos blessés et le râle des mourants. Aussitôt la catastrophe connue, les habitants de Moirans se sont précipités vers l’endroit où elle venait de se produire, et ont assisté à un terrifiant spectacle. Le train était couché sur la voie, les débris des wagons gisaient dans un chaos indescriptible, au pied d’un talus d’une quinzaine de mètres de hauteur. Le sauvetage fut aussitôt organisé. On commença par sortir des décombres les cadavres d’un homme et d’une femme littéralement broyés. Puis, ce fut le tour de deux personnes ayant les jambes coupées. Une petite fille poussait des cris déchirants en face du cadavre de sa mère. Elle fut recueillie par le maire de Moirans. Sans cesse, on retire des corps abîmés, n’ayant plus forme humaine. Les blessés sont évacués sur Grenoble et l’hôpital de Moirans. Les habitants en ont recueilli plusieurs. La consternation est générale. Actuellement, le nombre des victimes, retrouvées sous les décombres qui envahissent la voie, est de huit morts et de vingt-deux blessés. On annonce la venue de plusieurs machines de secours parties de Grenoble.

Moirans, 26 octobre, 9 h. soir.

On continue le déblaiement de la voie à la lueur des torches. Le spectacle est sinistre: La catastrophe s’est produite à quatre heures cinquante, à l’endroit même où une collision entrer deux trains avait déjà eu lieu il y a deux ans. La nouvelle de la catastrophe s’est répandue dans Grenoble comme une traînée de poudre et a produit dans la ville un émoi profond.

Moirans, 26 octobre, 11 h., soir.

Le train de secours organisé à Grenoble est arrivé avec le préfet de l’Isère. On a reconnu deux morts : Mme Détroyat, artiste peintre à Grenoble, et M. Prévost, ingénieur à Vizille. Trois blessés ne passeront pas la nuit; on compte une cinquantaine de blessés dont une quinzaine le sont assez grièvement. Les causes de l’accident sont attribuées à ce fait que la voie fait une courbe très prononcée à cet endroit. Le train arrivé à 1 600 mètres de la gare, on siffla aux freins. La première machine serra le frein, mais la deuxième, emballée, dérailla à contre-voie, entraînant tout le convoi composé d’un grand nombre de wagons. Les voyageurs ont déclaré que l’on marchait à une vitesse effrayante. Les médecins de Voiron prodiguent le secours aux blessés. Une voiture ayant brisé les fils télégraphiques, on explique de cette façon le retard apporté à connaître la catastrophe à Voiron. Les morts et les blessés sont tous retirés après beaucoup d’efforts, car on a dû briser des wagons pour les en retirer.

Journal L'Intransigeant 28-10-1890 (Collection BNF Gallica).


Soixante victimes. la liste des blessés. Terrifiants détails. Moirans, 27 octobre, 1 h.

'L'agence Havas avait, heureusement, exagéré hier l’importance de la catastrophe de Moirans. Pourtant elle est encore terrible telle qu'elle est. Le nombre des victimes est de soixante, environ, dont deux morts et dix-neuf blessés grièvement. Voici le nom des plus, gravement atteints : "MM. Burtin, ferblantier à-Grenoble (fracture de la jambe, et contusions à la tête) ; Allègre, propriétaire à Domène ; l’abbé Debourg, professeur au petit séminaire de Grenoble (contusions); Louis Boissieu, marchand de bois à Vinay (fracture à la jambe); Louis et Albert Paillet, âgés de quatorze et seize ans, de Vinay (contusions diverses); Mme Dumorand de Chambéry, (fracture à la jambe); M. Revol, de Saint-Pierre-de-Chartreuse (contusions diverses) ; l’abbé Reynaud du Laurier, de Chirent (blessures assez graves) ; M. Reynaud du Laurier, cousin du précédent, et sa fille, de Béziers (contusions assez graves) ; Mme Richetty, de Grenoble (contusions diverses) ; Mme Cornier, femme de l’ingénieur, de Grenoble (fracture des deux jambes) ; Mme. Bigillion, de Grenoble (contusions aux jambes) ; M. Philippe Laurent, soldat au 4e de génie (contusions, aux jambes et commotion de la moelle-épinière, état grave); Mme de Cautel, de Valence (blessures diverses) ; M. Brunet, chef de gare de Saint-Pierre-d’Albigny (lèvres décollées); M. Sillon, entrepreneur à Grenoble (fracture du crâne); Mme Ilion ; le capitaine Tiron ; M. Pons ; une jeune fille (deux jambes coupées).

Nouveaux détails.

Le train qui a déraillé portait le numéro 297. Il était composé do quatorze wagons, dont douze de voyageurs et deux fourgons. La seconde machine, qui a déraillé d’abord; était montée par le mécanicien Ferragiat et le chauffeur Brun. Le train, entraîné sur une pente rapide, marchait à une allure effrayante, quand le choc s’est produit, Deux wagons seulement sont restés debout. Les autres, projetés les uns sur les autres, ont été culbutés, mais sont, heureusement, restés sur le remblai, élevés de 10 mètres. S’ils avaient été précipités en bas du talus, le nombre des victimes eût été bien plus considérable. Au bruit produit par le déraillement, aux cris poussés par les victimes et aussi par les autres voyageurs, le personnel des usines de soieries, qui se trouvent à proximité de la voie ferrée, est accouru et a commencé le sauvetage, aidé du personnel de la Compagnie. D’un wagon de 2e classe, qui avait été éventré par un wagon de lre classe, on a retiré d’abord huit blessés, parmi lesquels M. Prévost et Mme Détroyat, dont je vous ai signalé, hier, la mort. Mme Détroyat se trouvait dans le compartiment des dames seules ; elle était serrée comme dans un étau et criait : "J’étouffe! Sauvez-moi!". Quand on l’a sortie, elle a vomi un flot de sang et a rendu le dernier soupir. L’autre mort, M. Prévost, avait le crâne broyé et le visage écrasé. 11 a expiré dans le trajet de la gare à l’hôpital de Moirans. Les agents de la compagnie n’ont eu aucun mal; le conducteur a été lancé à plusieurs reprises contre les parois de son fourgon comme une balle élastique. Le chauffeur et le mécanicien ont pu sauter à bas de leur machine.

L’aspect de la voie.

Moirans, 27 octobre, 5 h. soir.

La voie ne pourra être dégagée avant deux jours et, de ce fait, tous les trains de Grenoble à Lyon et vice-versa subissent des retards considérables. Les rails ont été soulevés sur une longueur de cent mètres. Le ballast, qui venait d’être réparé, est raviné comme par le passage d’un torrent. Les wagons qui, ce matin, étaient encore sur la voie, forment comme un énorme tire-bouchon. Les premiers sont brisés et les autres ont l’aspect d’un amas de fers tordus, de bois hachés, de coussins déchirés et éventrés. Les agents de la Compagnie ont fait vaillamment leur devoir, ainsi que les gendarmes dès brigades de Voiron et de Moirans. Le rapport officiel conclut que la faute du sinistre réside dans l’écartement de la voie, produit par l’affaissement du terrain.'

Un nouveau décès—Les obsèques. Voiron, 27 octobre, soir.

Une nouvelle victime, la petite Cornier, âgée de sept ans, de Grenoble, porterait le chiffre des morts à trois. A quatre heures, ont eu lieu les obsèques des deux autres victimes, Mme Détroyat et M. Prévost, ingénieur. A l’issue de la funèbre cérémonie, les cercueils ont été transportés à la gare à destination de Vizille et de Saint-Martin d’Hères. L’état du blessé Allègre, de Domène, a empiré. On craint un dénouement fatal. La voie est rétablie, sur une longueur de dix-huit mètres seulement. Quatre wagons. ont été transportés à Voiron. La machine déraillée a été replacée sur la voie. L’enquête du procureur de Saint-Marcellin continue. Le mécanicien et le chauffeur ont été entendus. On attribue généralement la catastrophe à l’emploi de deux locomotives dont l’action différait sensiblement. Quelques personnes croient que l’accident a été causé par l’emploi, d’une locomotive dé marchandises attelée à une machine de grande vitesse et a une marche de près de 80 kilomètres à l’heure sur une pente considérable qui a provoqué de la trépidation, et l’échappement des rails à la courbe, d’où rupture des amarres avec la machine de tête et déraillement de la seconde machine avec le convoi à sa suite. Si le frein Westinghouse n’avait pas fonctionné et si la seconde machine s’était renversée à gauche, le train serait tombé du remblai d’une hauteur de vingt mètres. Un cercueil qui se trouvait dans un fourgon n’a pas été endommagé. Mme Cornier a été dégagée des décombres après deux heures de travail ; Mme Favre et ses enfants, et M. Gilly, avocat à Grenoble, ont échappé comme par miracle. à la mort. L’émotion des populations est d’autant plus profondes, qu’elles ont gardé le souvenir de la collision du 13 juillet 1889. Encore des blessés.

Moirans, 27 octobre, 10 h. soir.

On signale encore parmi les blessés : MM. Segré de Domène, contusions au côté; Mollaret, marchand-forain à Grenoble; fracture de la jambe. Pondey, marchand-forain à Grenoble, Contusions au côté; Second, rentier à Toulouse, écorchures à la tête et aux jambes; Masson, propriétaire à Saussan (Hérault), contusions.


Journal L'Intransigeant 29-10-1890 (Collection BNF Gallica).


Détails rétrospectifs — Scènes effrayantes - responsabilités.

Moirans, 28 octobre.

La voie est encore obstruée ce matin. On espère pourtant rétablir ce soir, la circulation. On cite des détails rétrospectifs vraiment terrifiants. Les parois du compartiment de deuxième où se trouvait le courrier convoyeur se sont tellement resserrées autour de lui que, sans ses sacs de dépêches, qui ont formé tampon, il aurait été écrasé ; les sacs ont été éventrés et les dépêches ont été éparpillée sur la voie. Elles ont toutes été retrouvées. Quand cet employé des postes est arrivé à Grenoble, il avait perdu presque l'usage de la parole. on cite un voyageur, lequel, sorti indemne d'un wagon de troisième qui venait d'être broyé, fut saisi d'une telle frayeur qu'il a perdu la raison, momentanément, il faut l'espérer. Lorsqu'on lui a offert un verre d'eau d'Arquebuse, il l'a rejeté violemment en disant :"Laissez moi manger mes pommes" et il est parti dans la direction de Voiron en chantonnant et en faisant le simulacre de manger une pomme. L'état des blessés s’est sensiblement amélioré; seul M. Allègre de Domène, qui a deux côtes cassées et des lésions internes est dans une situation alarmante. Les responsabilités de cet accident ne sont pas encore établies; l'inspecteur principal Chabert dit tout haut que le service de la voie n'a aucune responsabilité et que celle-ci incombe à la traction. Cette dernière proteste. La voie entre Voiron et Moirans a une pente de quinze à dix-huit millimètres et des courbes des plus dangereuses; or il arrive fréquemment que les trains sont emballés, c'est à dire que l'adhérence entre les roues et le rail est presque nulle, et alors ils descendent cette pente à une allure vertigineuse. C'est ce qui est arrivé lundi : Le train 297 est parti de Voiron avec quatre minutes de retard et, au point du déraillement, le retard avait été regagné. D'autre part, pour faire rentrer une machine à marchandises au dépôt de Grenoble on eût l'idée de la placer en tête du train 297, qui avait ainsi deux machines, l'une à voyageurs et, devant, la machines à marchandises, à petites roues et à essieux couplés et non pourvue de freins. Arrivé au point où s'est produit l'accident, le train, emporté par la rampe, marchait à une vitesse de près de quatre-vingts kilomètres. A ce moment, la première machine, dont la vitesse maximum est de cinquante kilomètres à l'heure, avait un mouvement d'avant en arrière, bien connu des mécaniciens, qui imprima de telles secousses à la deuxième machin e que celle-ci sortit des rails et, en se soulevant, fit sauter les crochets qui l'attelaient à la machine de tête. Cette dernière continua sa marche jusqu'à la gare de Moirans. Lorsque le déraillement s'est produit, le mécanicien a fait agir son frein, qui n'a actionné que les wagons de tête. Aussi, la vitesse de ceux du milieu n'ayant pas été ralentie, ces wagons ont pénétré les uns dans les autres. L'inspecteur croit que la secousse a dû rompre la communication du frein, car lorsqu'un wagon est freiné tous les autres le doivent être en même temps.

Grenoble, 28 octobre.

MM. de la tournerie, directeur du contrôle et Worms, ingénieur en chef des mine, attaché au même service, viennent d'arriver à Moirans pour faire une enquête sur les causes de l'accident. M. Blanc, procureur de la République à Saint-Marcellin, chargé de l'enquête judiciaire, n'incrimine aucun agent de la compagnie. Voici les noms de trois nouveaux blessés : Mme. Veuve Frappat, de Vinay; contusions à la poitrine, M. Deu Porand, rentier à Chambéry; contusions aux jambes et à la tête. M. Bonnet, conducteur du train; blessures légères.

Journal L'Intransigeant 30-10-1890 (Collection BNF Gallica).


Grenoble, 29 octobre.

Les voies sont dégagées et la circulation est rétablie. Le mécanicien Ferrafiat a affirmé qu’il marchait à la vitesse normale de 50 kilomètres à l’heure ; le chauffeur Borel a dit que la vitesse ne dépassait pas 55 kilomètres, et le conducteur du train a confirmé ces deux dépositions: Concernant l’attelage de deux locomotives disparates, la traction a fait observer que les trains attelés de deux machines de modèles différents, circulent sur cette même voie où eu lieu l’accident quatre ou cinq fois par jour et tous les jours de l’année, depuis la construction de cette ligne. Ce service ajoute que la locomotive à marchandises qui était en tête du convoi et dont la vitesse est de 55 kilomètres à l’heure peut marcher au besoin à 80 kilomètres, de même que les machines plus légères, d’une vitesse de 80 kilomètres, pourraient faire 120 kilomètres. Donc, en supposant que le train se soit emballé, la machine de tête aurait pu fournir la vitesse anormale de 75 à 80 kilomètres. 11 faut aussi écarter la supposition d’une tentative criminelle de déraillement, car des agents de la Compagnie se trouvaient avant le passage du train à une faible distance du lieu de l’accident.

Journal L'Intransigeant 31-10-1890 (Collection BNF Gallica).


  • Grenoble, 7 juillet

La cour d'appel de Grenoble a rendu aujourd'hui son arrêt dans l'affaire relative à la catastrophe de Moirans. Le mécanicien Ferrafiat a été condamné à quinze jours de prison et son collègue Berger à huit jours de la même peine avec application de la loi Bérenger. Le premier jugement avait condamné Berger à 100 fr. d'amende et avait acquitté Ferrafiat.

Journal L'Intransigeant 9-7-1892 (Collection BNF Gallica).



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